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La vie en banlieue

La vie en banlieue - Mathieu Phelps

Il y a quatre ans, j’ai dû déménager loin de la ville. Ma femme, qui travaille dans le milieu de la planification fiscale, a trouvé un travail dans une petite ville. Pour ma part, j’étais habitué à l’ambiance festive, aux bruits nocturnes et aux hurlements des gens de la ville. C’est pour cette raison que j’ai eu du mal à m’adapter à la vie en banlieue. Dans le quartier où nous avions déménagé, il était d’usage de se dire « Bonjour ». Pourtant, le plus souvent, les gens ne se regardaient même pas. Ils avaient les yeux rivés sur leur téléphone portable et ne s’adressaient à personne. On dirait des zombies, ils vous regardaient, mais ne vous voyaient pas. Quand il m’arrivait de croiser mon voisin dans la rue, il avait l’air si pensif et avait le regard vide. Et pour lui, je n’existais même pas. Par contre, si nous étions plusieurs à nous croiser dans cette même rue, il me disait bonjour. Soucieux de l’image qu’il donnait à la communauté, il ne ratait jamais une occasion de mettre en relief l’illusion d’une cordialité. Bref, ce phénomène est caractéristique des banlieues. On se doit toujours de garder les apparences. Pour ma part, j’ai toujours vécu en étant moi-même. Et depuis que j’ai déménagé dans cette ville, j’avais comme l’impression de vivre dans la quatrième dimension. Je me sentais prisonnier. Moi qui avais l’habitude de parler fort, je devais me résoudre à ne rien dire, car dans ce quartier, on pouvait entendre une mouche voler. Un jour, j’en ai eu plus qu’assez. Je voulais que tout le monde puisse sortir de son cocon. Alors, j’ai décidé d’organiser un barbecue chez moi. J’ai invité tout le quartier. Ceux qui ont dit qu’ils avaient des choses à faire ce jour-là, je leur ai dit que s’il ne venait pas, j’allais organiser le prochain barbecue chez eux. Ainsi, tout le monde est venu. J’ai fait mon maximum pour que tout le monde puisse montrer sa part d’humanité. Je voulais surtout que cette mascarade s’arrête. Ça a marché, nous nous sommes bien amusés. La glace a été brisée, mes voisins ont apprécié mon geste. Peu à peu, l’ambiance froide qui régnait dans le quartier s’est tarie. Mon voisin a commencé à me saluer. Les gens se disaient bonjour même s’ils ne se connaissaient pas. Bref, j’aime à croire que j’y suis pour quelque chose.

 

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Amateur de bon vin et des plaisirs de la table, je ne sais jamais dire non à un bon moelleux au chocolat. La vie est trop courte pour se perdre en regret, voilà ma philosophie ! Cinéphile avertit, je peux me repasser les films classiques inlassablement, et je suis un fan fini de Meryl Streep et d’Al Pacino, mais je vous épargnerai mes critiques personnelles de film, je garde ça pour mon forum préféré sur le sujet. Je passe facilement du coq à l’âne, à vous de me suivre.