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Quand l’hypocondrie s’en mêle

Quand l’hypocondrie s’en mêle - Mathieu Phelps

Si vous n’avez jamais eu d’ami hypocondriaque, vous ne comprendrez pas vraiment ce que je vais vous raconter. La première fois que je faisais sa connaissance, c’était par le biais du directeur marketing de notre société. Lorsque je lui tendais la main, il fit un pas en arrière. La situation avait été très embarrassante pour moi, car je le fixais pendant plus d’une minute d’un regard des plus noirs. Je le voyais devenir rouge écarlate, et transpirer lorsque je me reprenais pour tourner les talons. Pendant la réunion, je le sentais encore gêné, car il évitait à chaque instant de porter son regard dans ma direction. Quelques heures plus tard, il frappait à la porte de mon bureau. Il avait dans sa main un mouchoir en papier pour ouvrir la porte. Il était venu s’expliquer et me parla de plusieurs de ses problèmes qui avaient tous pour terminaison : « phobie ». Je devais certainement en traîner une ou deux moi-même, que je ne devais pas encore avoir su cerner. Je me faisais à la longue à ces petites manies, même si le pire crime que je pouvais lui faire était d’éternuer, ou de tousser trop près de lui.

Il m’invitait un jour chez lui, chose qu’il ne faisait presque jamais. J’ai eu droit à un accueil des plus techniques. Entre le rituel des chaussures et porter une nouvelle paire de chaussons tout neufs, celui de se laver les mains avec des produits spécifiques, et la désinfection de chaque objet que j’avais en ma possession, il se passa presque une demi-heure. Lorsque nous passions à table, sur une console tout près, toute une pharmacie s’y trouvait. Il y avait autant de médicaments qu’il n’y avait de phobies. Sans savoir pourquoi je lui lançais : encore heureux que l’air ne vous fasse rien ! Il se leva pour me montrer une machine qui fonctionnait en permanence pour aspirer toutes les particules de l’air. Depuis qu’il avait entendu dire que la qualite de l air Montréal n’était bonne, il en avait acheté pour en mettre dans chaque pièce. Il me montra trois sprays qu’il utilisait pour se nettoyer les fosses nasales. Lorsqu’il voulait me faire une démonstration de la façon dont il se nettoyait le nez tous les matins grâce à une sorte de théière, à laquelle il ajoutait une eau saline pour l’introduire d’une narine pour faire ressortir l’eau de l’autre, je me levais en lui disant que j’avais certainement la phobie des gens qui avaient des phobies. Nous restions amis, mais il avait pour consigne de ne pas trop se montrer démonstratif.

 

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Amateur de bon vin et des plaisirs de la table, je ne sais jamais dire non à un bon moelleux au chocolat. La vie est trop courte pour se perdre en regret, voilà ma philosophie ! Cinéphile avertit, je peux me repasser les films classiques inlassablement, et je suis un fan fini de Meryl Streep et d’Al Pacino, mais je vous épargnerai mes critiques personnelles de film, je garde ça pour mon forum préféré sur le sujet. Je passe facilement du coq à l’âne, à vous de me suivre.